A chaque jour son bilan...

10/11/2017

On a profité d'une percée du soleil dans la grisaille du ciel pour aller s'encanailler en ville le bouture, sa frangine et moi.

Comme on habite à la campagne on alourdit notre bilan carbone chaque fois qu'on a des véléités de faire autre chose que le tour du pâté de champs voisins, alors on a attaché nos ceintures et en voiture Simone.

Je pianotais sur le volant en zieutant mon adoré dans le rétro, coincée que j'étais derrière un 'tateur éééénooOOOOOoorme vert! Et maman pourquoi il est veeeert le ta'teur???" et je faisais le bilan de la journée pas encore écoulée.

J'étais tombée sur un article de bon matin, qui traitait des conséquences néfastes sur le développement du cerveau de l'enfant quand celui ci est soumis à ce qu'on appelle violence émotionnelle: grosso modo les neurosciences prouvent aujourd'hui que crier sur un enfant, le moquer, le railler, l'humilié, nier ou minimiser ses ressentis exprimés, le coller à l'isolement, le priver de ce qu'il aime en guise de mesure de rétorsion... toussa quoi, ben c'est de la violence. 

Alors elle se voit pas, donc facile de faire comme si de rien était, mais elle fait de méchants ravages, d'autant plus qu'ils sont invisibles sur le coup et se manifestent souvent une fois le bouture devenu chêne ou saule pleureur, puisqu'elle s'attaque à ce qu'il a de plus précieux, l'enfant; son estime de lui.

L'article qui te colle un méchant coup de "gangnagna t'assure pas", PanDansLesDents... "Comme on fait son lit on se couche" dirait ma grand mère, et ben bonne nuit tiens...

Bon je savais déjà tout ça, j'en suis une fervente convaincue même. Juste que le quotidien en ce moment, comme il est à coefficient épuisement puissance nuits hachées menues que c'est de la brumoise de sommeil à ce niveau là, disons que la pratique laisse à désirer question zénitude et gestion de MES émotions face au bouture tourbillon.

En gros je gueule quoi. Je dis des trucs moches qui me font saigner le coeur et le siens au passage.

Je menace à l'école: "j'en ai marre de toi, je vais te coller à l'école ça nous évitera de nous fâcher toute la journée", classe.

Je fais du chantage: "soit tu ramasses ton jouet soit je le met à la poubelle", noble.

Je suis naze en sommes. Dans tous les sens du terme.

Alors voila, je pianote sur le volant, coup d'oeil dans le rétro sur le profil de mon Fils qui scrute le paysage en enchainant les pourquoi, gazouille entre deux réponses à ma Fille qui vocalise tranquille dans son cosy à l'avant et fais les comptes serrés des heures écoulées... façon apothicaire qui te fera pas de remise;

**    -On a fait la cuisine "tout yé deux" il a pelé les champignons et coupé des courgettes, il s'est éclaté... +1

-Il a collé un doigt dans l'oeil de sa soeur; j'ai tri hurlé... -2

-On a passé un chouette moment chatouille bisouille après la sieste ...+2

-Je lui ai dit que j'en avait marre de lui.. -5, c'est carrément horrible  de dire ça à son enfant.

-J'ai pas perdu patience et j'ai accueilli chacune des 12 crises de frustrations liées à l'interdiction de jouer (pour la millième fois) avec les allumettes ... +2..? Faut pas charrier, ça vaut bien +3, j'ai plus de tympan.

-Bon, je l'ai houspillé pour qu'il cesse de faire du bruit... -1     **

Et vas y que je t'enchaîne les + et les - comme ça, bien attachée sur mon petit wagon du petit train des montagnes russes de la grosse culpabilité maternelle.

                                                 ****

Et puis ce soir son père et lui sont rentrés de la déchèterie (qui était fermée) tandis que j'avais avachi mes kilos de grossesse et les autres dans notre pouf XXL pour une tétée câlin avec ma Paupiette à paillette. On papote, debrief de parents et mon homme de m'expliquer comme notre fils avait le smile en lui racontant le pain au chocolat et la grenadine chez Hipo, les champignons épluchés, les chats dans la vitrine...

Narration enthousiaste soldée par un "ha oui!!" à la question "As tu passé une bonne journée?"...ben mon coeur il a fondu au dedans, dans un mélange subtil amour/regret/gratitude comme seuls les inénarrables sentiments maternels savent se méler.

C'est indiscutable en ce moment je déconne. J'ai pas de patience et je suis trop crevée pour tenir la distance. Les journées sont longues, mes enfants sont deux (c'est vachement beaucoup mine de rien), ils sont petits et j'ai pas toujours la ressource pour répondre comme j'aimerais à leurs insatiables sollicitations. Alors je fais des écarts, je me morigène et puis je tombe à nouveau dans les mêmes ornières de l'autorité contre productive et délétère. Je m'en veux, je culpabilise, je m'excuse 100 fois par jour, j'essaie de rattraper la sauce et bis repetita. 

C'est indiscutable mes enfants sont formidables. D'une journée moitié moisie ils savent se régaler du meilleur. J'espère de tout mon être, de tout mon coeur que ce que je suis capable de leur donner d'amour, de lâcher prise, de liberté, d'autonomie, de bonne estime d'eux même compense, rien qu'un peu, ces trop nombreux pas chassés foireux de mère dépassée...


Sam'.