Baiser volé

30/05/2018

Tout à son occupation elle ne le voit pas arriver, dans son dos à quelques pas derrière.
Quand elle réalise sa présence elle sursaute, elle tourne la tête vers son visage penché sur elle, sa bouche tout près et l'injonction qui fuse implacable. « Embrasse moi! Aller,juste un baiser, ça fait longtemps, tu es tellement mignonne! Embrasse moi s'il te plaît! Aller! Ne soit pas méchante avec moi! »
Elle cherche à éviter les deux bras qui fondent sur elle, l'enserrent comme un étau et l'immobilisent . Elle secoue la tête, roule de grands yeux apeurés. Elle crie. « Non! Laisse moi, je ne veux pas t'embrasser! Lache moi! »
Mais l'autre ignore ses protestations et dans un mouvement l'oblige à se tourner vers lui, emprisonnant son bras. Elle tire en criant « non! » mais l'autre est trop fort, c'est peine perdue.
« Embrasse moi! Aller, un baiser! » et il ri, convaincu de son bon droit.»

Tu lis ce court récit et tu te dis qu'il s'agit d'une histoire de harcèlement, elle c'est une femme et l'autre un homme. Une banale, triste et sale histoire d'abus, inacceptable, révoltante.

Elle en vrai c'est mon fils, Tibouille pour les intimes, 3 ans.
L'autre c'est une femme, une connaissance que nous croisons de temps à autres et qui « adore » mon fils et ses bouclettes.

Elle lui a couru après alors qu'il jouait au ballon, l'a bloqué dans un coin puis l'a emprisonné entre ses bras, exigeant un bisou qu'il lui refusait, sourde à ses protestations pourtant claires: « non dame, pas bisous moi, laisse moi tranquiye!! » puis « lâche moi! » des sanglots dans la voix.

Cet après midi mon fils s'est fait agressé d'une odieuse façon et dans l'indifférence générale.
Qu'en aurait il été si cet échange violent avait eu lieu entre deux adultes, dont l'un incontestablement plus fort et puissant que l'autre?

C'est en courant que j'ai franchi la courte distance qui me séparait de mon bébé, ma Poppie sur le ventre et en invectivant la femme pour qu'elle le lâche .
J'ai du m'interposer, physiquement, la repoussant elle, vexée et incrédule, le tirant derrière moi, lui, larmoyant rouge et apeuré.
Je ne m'étendrai pas sur l'explosion des émotions qui agita mon cœur de mère à cet instant.

Qu'on se le dise:

Ses bouclettes, adorables fossettes, magnifiques yeux verts, craquantes quenottes,appétissants bourrelets ne sont pas une invitation ni une autorisation à réclamer et obtenir un bisou, un câlin, un quelconque contact physique. Cela pour n'importe quel enfant.

Quand un enfant vous dit « non », n'insistez pas. Vous embrasser n'est pas une obligation, une politesse ou un truc tellement extraordinaire que tous les enfants du monde en rêvent.
Non.
Recevoir un baiser d'un enfant est un privilège, une marque de tendresse d'amour ou d'affection. De confiance.

Et si vous souhaitez témoigner de votre affection: un sourire, à sa hauteur, un « bonjour je suis content de te voir » suffiront amplement, croyez le bien.

Contraindre un enfant au baiser est une violence.
Chaque être joui d'un droit inaliénable à disposer de son corps comme il l'entend, et cela commence au jour de sa naissance.


Sam', mère dépassée ET engagée dans la lutte contre les violences faites aux enfants.