Carotte Cake

30/12/2017

Au commencement il y eu 2 oeufs

Il a déboulé comme une tornade à bouclettes charriant de l'air frais du dehors, la bobine fendue d'un sourire malicieux, ses petits pas volontaires résonants sur le parquet tout neuf (et déjà tout crassou) du salon.
Son père sur ses talons, les bras chargés de bois, abandonnant dans un soupir, l'air guimauve et résigné, la consigne « on enlève ses chaussures pour entrer dans la maison ».
Je comatais au dessus de mon infusion fenouil/anis, le cheveu en broussaille, dans les gazouillis de la pPoppy enjouée qui s'essayait à la crapahute.
« DEUX oeufs maman! DEUX! comme ça! » Et de me tendre fièrement deux doigts fermes et un troisième hésitant.
Puis allongeant son cou pour me fourrer son bout de nez sous la frange, l'oeil frisant la bonne idée gourmande: « On va faire des crèèèèèèèpes! »
Haha! J'ai le coeur qui pète d'amour dans ma carcasse fatiguée, rouillée et pas réveillée, ça dégouline comme du magma tout partout à l'intérieur, c'est meilleur que le meilleur des macarons Laduré. C'est l'amour pour mon bouture quoi.
Je glousse de concert avec lui à l'évocation des crêpes envisagées, puis il se cavale en direction du poêle, pour allumer le feu « Moi tout seul papa, moi tout seul! »
Depuis qu'il sait tenir sur sa tour d'observation mon loukoum n'a de cesse que de m'assister aux fourneaux... un vrai chef toqué, humant les épices: « hummmm 'yen bon maman! », patouillant énergiquement les pâtes avec le fouet (option peintre de fresque murale), coupant avec dextérité des rondelles de courgette, de poire, de pomme: « Trèyattention moi! »... 

Hey oui bout de cul, je le vois bien ce que tu y mets de concentration, d'application, d'habileté.. tout ton être entier absorbé par la tâche ho combien délicate de trancher le légume et non tes doigts... sous mon regard attentif mais serein. Je te fais confiance et tu as confiance en toi.

Rien ne vaut le cataplasme d'argile...

Je ne fais pas partie des mamans qui organisent des ateliers gommettes figuratives, peinture au doigt, collage de boule de coton et tutti quanti. Je trouve ça super chouette, je les admire ces mamans organisées et les envie! Même des fois ça me prend comme par inadvertance et c'est marrant la plupart du temps, mais je me retrouve toujours un peu dans le rôle maitresse d'école, j'y perds de mon allant et de mon enthousiasme. 
Je préfère le basique « faire avec »; Je fais des trucs, ce que j'aime ou que je dois faire et le Tibouille participe. 
Du coup cuisiner est une grosse activité en duo, un joli terreau d'échange entre nous et d'acquisition de compétences pour lui. 
On apprend à compter, mesurer, estimer, anticiper, sentir, dénombrer, mélanger. On choppe de nouveaux mots de vocabulaire, on fait participer les sens: l'odorat, l'ouie, la vue, le toucher, le goût... et on se fabrique de l'ocytocyne. 
Il manie les couteaux, les vrais et qui tranchent avec précaution et habileté. Il reconnait quelques épices, il sait le chaud et le brûlant (cataplasme d'argile souverain pour soulager les brûlures du métier qui rentre), le froid et le glacé... On admire la vapeur s'échapper de la soupape en chuchotant, on apprend que c'est de l'eau en fusion, on écale les oeufs durs en papotant tracteurs... 

Ce sont des moments précieux et dont j'espère au fond de moi qu'il en conservera le souvenir, ne serait ce que celui de l'émotif associé...

Cet après midi ça sera gâteau de carotte, et ça le fait beaucoup rire cette carotte qu'on intègre à de la pâte sucrée: "Moi je dis beuuuuurk! tu vas fair' une manonaiz' maman toi avec l'oeuf?". C'était si intriguant qu'à peine sorti du four il tournait autour avec des mines de sioux prudent... apparement la recette fonctionne puisqu'il en a fait son diner ;).


C'est chouette d'être maman...


Sam', mère dépassée.