DPP... le mal qu'on veut cacher.

13/11/2017

C'est une grossesse surprise...

Je prépare mon accouchement avec fièvre, pro physio, dans l'écoute et l'accompagnement de mon bébé pour cette venue au monde, cet instant unique.

Je suis confiante et sereine.

Je ne me projette pas au delà. Je ne rêve pas mon enfant, puisque je ne me suis jamais vue maman, je n'ai jamais imaginé avoir d'enfant. Je n'en voulais pas. Je ne m'accordais pas ce droit. Héritage de mon douloureux passé.

Alors je vis l'instant présent de cette grossesse difficile. Physiquement je suis très éprouvée. 30kg en plus et la gueule de bois tous les jours. Des vomissements pluriels, du sang, de la bile, souvent rien, juste la douleur d'un estomac au supplice, le souffle coupé. Hypermédèse gravidique...

Puis viennent les douleurs ligamentaires. C'est l'enfer. Je grappille une heure de mauvais sommeil par ci, par là... Réveillée toujours par la douleur.

Je suis épuisée physiquement.

Heureusement Bouture bouge, bientôt je noue le lien.

Je l'aime si fort déjà.

J'ai hâte de le rencontrer.

Le jour J vire au cauchemars, et je continue de m'en vouloir.

Enfin bébé est là, je le tiens contre mon sein. Il est chaud, vivant, je suis submergée par la force de l'amour que je savais lui porter et qui éclate... Pam.

Petit soucis le 2eme jour de sa vie.

Dont je ne me souviens pas. L'épuisement empêche mon cerveau d'enregistrer.

La seule image qu'il me reste est celle de mon si petit, pansé, perfusé, vulnérable, épuisé.

Nous sommes déménagés en pédiatrie.

Les AP sont gentilles, mais le pédiatre est de la vieille école. Bouture pleure beaucoup et chaque fois qu'il entre dans ma chambre c'est pour me morigéner.

Je suis déjà une mère faible et sans volonté de le prendre ainsi. Il faut lui montrer qui fait la loi, le laisser dans son berceau. Sans quoi il aura gagné...

Gagné quoi? Est ce une guerre la maternité?

Moi je ne sais plus rien. Qui je suis, ce que je fais. Suis je seulement encore en vie?

Quel est ce corps mou, vide, qui hurle ses douleurs diffuses?

Je pleure. Je suis épuisée au delà du descriptible. Je ne mange pas. Je n'ai pas faim. Mon bébé pleure. Je le regarde pleurer. Incapable de raisonner. Je voudrais le prendre mais je n'ose pas être déjà cette mauvaise mère que le monde entier pointe du doigt.

Je voudrais me laisser glisser.

Nous finissons par rentrer à la maison.

Enfin. Mon homme imagine que tout va bien se passer il n'est pas préparé à ses hurlements. À cette rage que nous balance notre enfant. À cette impossibilité de faire quoi que ce soit sans être interrompu. À cette disponibilité pleine et constante que l'on se doit d'avoir.

À me voir défaite, vidée, hésitante, larmoyante. Moi sa combative et dynamique petite nenette.

Une loque.

Je cherche à rassurer mon petit, mais je m'y prend mal. Toujours dans le soucis d'être une bonne mère je décide qu'il doit dormir dans sa chambre.

J'y passe mes nuits, debout à le bercer. Mon corps continue de hurler ses douleurs, l'atrocité de la pesanteur pour mon intimité, ces interminables stations debout, tortures.

Une nuit il pleure et je ne l'entend pas, mon corps a dit stop. Je dors d'un sommeil de plomb, je l'apprend et je me sens la plus minable des créatures.

Alors je ne dors plus.

Même quand mon bébé dort enfin. Moi je ne dors pas.

Près d'un an que je ne dors pas, plus. Sporadiques, quelques demie heures d'un coma lourd et brutal s'empare de ma carcasse qui n'en peut plus de souffrir.

Avec l'homme ça devient compliqué. Il veut qu'on sorte, qu'on "montre le petit".

Ce petit qui vient à peine de sortir de mon ventre. Tout ces gens qui vont le toucher, l'approcher, le regarder.

C'est trop intime, c'est trop tôt. Je ne cède rien et devant tant d'impuissance il craque. Nous frôlons la rupture.

Enchainons les disputes. Je n'ai plus d'énergie mentale.

Ma grand mère traverse la France pour m'aider, catastrophe.

Elle veut manger à heure fixe, organiser mes placards, s'agite et prépare des repas, fait du bruit, veut ranger et régenter. Pour m'aider je le sais bien.

Me gronde parceque je porte trop mon petit. Lui dit des choses qui font saigner mon cœur. Parce qu'elle à mal pour moi je le sais.

Abonde dans le sens de l'homme qui me dit que tout ses amis laissent pleurer leurs bébés.

J'essaie une fois. J'essaie deux fois. Je ne peux pas. Ses hurlements me déchirent, me vrillent, me lacèrent et je pleure avec lui.

Un soir je suis dehors, je fume une cigarette en contemplant la nuit.

Il fait froid mais je ne sens rien. La tête brisée par les pleurs et les acouphènes, les membres lourds comme du plomb.

Je laisse la fumée envahir mes poumons et doucement germe une idée.

Une idée rassurante, une idée réconfortante. Noire comme la nuit, envoûtante, brûlante... Vénéneuse.

Je vais enfin faire cesser tout cela.

Je vais partir, avec mon fils. Et enfin tout sera terminé.

J'ai ce qu'il faut. Des somnifères. Suffisamment pour une adulte et un nouveau né.

Cette solution me paraît si séduisante.

Reprendre la main sur ma vie qui part en lambeau.

À quoi bon cette existence de douleurs, de hurlements inconsolables, de pleurs, d'entraves?

Je me sens piégée, je suis prisonnière à jamais de ce rôle de mère que je ne comprend pas.

Je ne savais pas que c'était ça.
Je ne savais pas qu'il fallait endurer toute cette souffrance. Je ne sais rien, je découvre tout et je le découvre mal.

Je ne veux pas vivre comme ça.

Moi je veux être heureuse. Et ça me paraît impossible de l'être à nouveau, j'ai même oublié que j'ai pu l'être un jour.

Mon homme m'appelle, ça fait 3h que je suis dehors.

Le petit dort. il est si parfaitement beau dans l'abandon du sommeil.

Et la vie a repris le dessus. Je n'ai pas cédé aux sirènes de ce mirage si doux.

Pourquoi? Comment? Je n'en sais rien. La force vitale qui anime chacune de nous sans doutes.

Dans les jours qui suivaient j'ai trouvé le courage de dire merde.

Oui je prends mon bébé, non je ne le laisse pas pleurer.

Je fais ce que je veux. Surtout je ne fais plus rien qui me rende malade, malade à vouloir en crever.

J'ai découvert la parentalité en conscience. D'autres conseils que le laisser pleurer.

Enfin! Un écho positif à mon instinct. Enfin des gestes qui avaient du sens, le sens de mon coeur, dans le sens du sien.

La rose noire s'étiole et fane.

Je renais à moi même. Mon fils comme par magie s'apaise...

Je ne remercierais jamais assez les personnes qui m'ont guidée vers autre chose, sans jugement. Elles ont à coup sur changé la donne.

C'est un morceau de vie.

J'ai livré de cette intimité non par manque de pudeur, mais pour vous dire à vous, maman en pleine détresse que parfois on peut s'enfoncer très loin. Que les mains tendues sont là. Que rien n'est perdu. Que le soleil brille à nouveau un jour.

Ecoutez votre coeur, il bat à son diapason.


Sam, Mère dépassée...