L'allaitement... Une histoire de tique butée.

24/11/2017


Ca ne sera jamais que le 543ème article qui cause de l'allaitement, et ben tans pis, moi aussi j'ai des choses à dire ;).

Quand on embrasse avec joie et allégresse le chemin du maternage proximal, il parait plutôt cohérent de "choisir" d'allaiter. Je met des guillemets parceque de mon point de vue un chouille plus éclairé et moins nombriliste de multipare je trouve ça curieux de se dire qu"on "choisi" d'allaiter. C'est comme si pour avoir un enfant on se tatait de savoir si on allait se le mitonner in utero ou en éprouvette.. tu vois le truc? On pond un loukoum, la juste logique des choses c'est de le nourrir de la façon la plus physiologique et normale possible... c'est à dire avec ce dont la nature nous a équipées pour y pourvoir: au sein...

Non, je ne juge personne...

...mais vraiment pas, il ne s'agit pas de poser un jugement de valeur sur les nanas qui n'allaitent pas. Je n'ai pas allaité le Bouture à Neutron, et à l'époque j'avais de solides raisons de le faire: faire participer le papa, ne pas m'abimer la poitrine, retrouver rapidement une liberté de disposer de mon corps et puis j'avais entendu dire que ça faisait mal, que les bébés allaités ne faisaient pas leurs nuits etc... Et quand on est en cours de fabrication d'un petit bout d'homme qui s'est un peu invité là à notre insu (une sombre histoire de stérilet, de supposée stérilité etc...), alors qu'on n'avait pas spécialement envisagé d'être mère ni maintenant ni plus tard et bien toutes ces raisons évoquées plus hauts constituent d'excellents arguments.... à refuser quand même un peu cette maternité dans son sens absolu. C'est garder le contrôle, c'est ne pas vouloir me donner entièrement à mon enfant, c'était chercher à m'affranchir de cette "animalité", cette appartenance incontestable à notre statut de mammifère qui nous effraie tant et contre la quelle nos sociétés consuméro-cérébrales acutuelles se battent avec tant d'acharnement. Parceque dans la même veine que l'attachement, le cododo, le portage, la DME, la motricité libre; l'allaitement c'est quand même pas un fillon hyper rentable pour les lobbys et spécialistes qui surfent allégro sur le marché de la périnatalité pour encaisser le chèque de fin de mois.

Ben oui, allaiter c'est gratis... le meilleur aliment dans le plus parfait contenant ne coûte pas un radis à maman... et par le fait n'enrichit personne, et à pognonLand c'est pas hyper bienvenue t'avoueras.

Mais je m'égare un peu de ce dont je tenais à causer, cette histoire de gros sous autour du monde la puériculture fera l'objet d'un prochain billet, revenons à nos moutons:

Allaiter, c'est si simple que ça?...

...en théorie oui. En pratique on peut rencontrer quelques petits soucis, rien qui ne se résolve à condition d'être bien informée et bien entourée.

Quand je suis tombée enceinte de ma Nutty je me suis lancée à bidon perdu dans la course à l'information, la vraie, pour mettre toutes les chances de mon coté, pour savoir de quoi il s'agissait et puis surtout pour être en mesure de faire front contre les équipes médicales qui font tant de mal. (Voir mon billet "Maltraitance Ordinaire").

Du coup je savais que la tétée d'accueil et les conditions dans les quelles elle se déroulait pouvait favorablement ou défavorablement impacter la poursuite de l'allaitement, je savais qu'il faut laisser un nourrisson chercher le sein, puis s'y arrimer, que c'est ainsi qu'il est biologiquement programmé, que c'est ce à quoi il s'attend que c'est nécessaire...

Je savais qu'un allaitement qui roule c'est de l'exclusif et du à la demande: pas d'horaires, pas de modèle. Un couple bébé/maman = un allaitement. Unique.

Je savais que les crevasses étaient dûes à une mauvaise posture, à une mauvaise prise du sein, à des freins de langue ou de lèvre, à un soucis osthéo...

Je savais qu'on pouvait souffrir de candidose, de vasospasme, d'ampoule de lait, de mastite.

Je savais que bébé pouvait faire une grève de la tétée, qu'il pouvait téter des heures sans lâcher le sein, que ses selles étaient quasi inodores. 

J'avais sauté le paragraphe pics de croissance, et le premier m'a cueillie à froid, que ça m'a quand même collé un méchant coup derrière les oreilles de l'avoir pendue au nichon 72h non stop, ma Pousse à paillettes, pour son premier pic de croissance...

Ce que j'ignorais en revanche c'est ce sentiment indescriptible, inénarrable et d'absolue juste place qui m'envahirait quand je tiendrais ma toute petite minuscule et si fragile petite nourrissonne dans mes bras, sa minuscule petite bouche arrimée à mon sein lourd et gonflé de lait, émue aux larmes à chaque mouvement de succion, plongée dans la contemplation énamourée de sa toute petite minuscule main pétrissant la source incontestable d'un bonheur sans limite que lui offrait le réconfort de ce contact, cet échange primitif, profond, puissant.

Chaque allaitement est une histoire:

Alors je vais pas la jouer petits oiseaux qui gazouillent dans le crépuscule scintillant, la vérité c'est que pour ma part, en dépit de mes lectures et de mes connaissances et ben j'en ai bavé. Mais vraiment. 3 mois d'enfer et je pèse mes mots.

Pour la faire courte et en très gros: candidose récidivante, crevasses de compétitions, infection, vasospasme et mastites. LE PIED! 

J'ai pas lâché. J'ai pleuré, gémi, manqué de tourner de l'oeil un demi million de fois, menacé la terre entière d'abandonner, acheté des biberons, tiré mon lait pour cicatriser, donné les bourres à la pipette, secoué les cocotiers tout azimuts pour obtenir des soins, des solutions, des trucs aux quels me raccrocher. J'ai pleuré dans l'oreille d'une amie allaitante, dans les bras de mon homme impuissant. J'ai serré les dents très fort. J'ai croisé les doigts en priant tous les dieux de la terre quand après un arrêt du sein de 10 interminables jours, je lui proposais de nouveau mon sein et pour que, pitiépitiépitié, elle n'ai pas perdu son réflexe de succion. INTENSE.

M'en suis sortie. Ouaip madame, ma fille est une championne et moi une tique butée. 

ET heureusement que je suis butée, parceque en vrai, quand tu allaites, que tu te retrouves en but à des problèmes un peu costaud, ben t'as intérêt à te dégourdir solo. Parceque dans le monde qui nous entoure la réponse qu'on te sert quand même assez spontanément c'est: "mais passe donc au biberon."

Merci. 

Les professionnels sont très rares à être bien formés, considèrent qu'un allaitement c'est 3mois maxi et qu'ensuite c'est Guigoz qui prend le relais, alors au mieux tu passes à la caisse et tu ravales tes regrets, au pire tu serres les dents et tu souffres en silence, puisqu'on te dit que t'as qu'à passer au LA. Tu veux pas faire comme tout le monde? Et ben ta gueule. 

Sympa.

Ici mon salut je le dois à quelques groupes Facebook dont le groupe officiel de la LLL et le groupe "L'allaitement tout un art" et qui font l'un et l'autre un boulot formidable. Je le dois au fait que j'ai dans ma famille une gynécologue, qui me délivra les ordonnances dont j'avais besoin quand on me les refusait ailleurs. Je le dois aussi à une conseillère ICBLC, dont je ne cesserais de louer la bienveillance, l'investissement et l'humanité et qui m'a accompagnée vaille que vaille quand je n'étais plus qu'une petite chose vacillante et larmoyante. A une amie très chère et qui se reconnaitra, qui est l'incarnation de la beauté de l'allaitement long à mes yeux. A mon homme, qui oscillait entre me tendre un bib et éponger mes litrons de larmes. A ma fille, qui m'a entendue et comprise, qui n'a pas renoncé à téter en dépit des rebondissements, du tire lait, des boires à la pipette... 

Et puis à moi, allez je me fais cette fleur. Je n'ai pas abdiqué, j'y tenais. L'allaitement c'était juste la continuité normale de la grossesse. Je veux dire, avant que Nestlé et consort s'emparent du créneau juteux (et à l'échelle de l'humanité c'est assez récent convenons en), la survie d'un nouveau né elle était liée à la capacité de sa mère à le nourrir. Au sein donc. Dans les gros moments de moins bien je me disais que si nous étions en guerre il me faudrait l'allaiter pour qu'elle vive. C'est con, extrême peut être... mais ce fut un mantra plutôt efficace. 

Voila, je déplore encore une fois cette solitude et cette surdité du monde médical qui entourent les mères qui font des choix différents, parceque ça n'est pas l'allaitement qui est difficile, même quand on enchaîne les emmerdes, non. Ce qui est difficile c'est d'être seule et de devoir se battre dans des moments de vulnérabilité émotionnelle , de fatigue extrême, de DPP aussi parfois. Je trouve ça moche et injuste. 

Qui ne dit mot consent.

Alors je le dis.



Sam', Mère Dépassée.