Les mots qui bercent

14/11/2017

Alors ils arrivent avec leurs grosses bottes pleines de sang et de terre, leurs grosses voix dures qui claquent fort et sec, leurs regards menaçants et leurs poings serrées.
Quand les rires fusent ce sont des rires qui sonnent mal, qui sonnent la haine et le mépris.

Ils ne rient jamais « avec », ils rient toujours « de ».
Ils peuvent aussi porter des chaussures fines, sur mesure et qui coutent si cher que ça ne signifie plus rien, s'exprimer à mots choisis avec une voix claire et sobre, cultiver dans leurs regards quelque chose qui donne l'illusion et tendre une main propre aux ongles soignés.
Ils ont souvent l'ai de rien, aussi. Quelqu'un comme tout le monde, lui, toi, son voisin.
Train train quotidien, Dimanche chez belle maman et mardi soir plein de courses au supermarché du coin.Derrière le masque un point commun.
Dans leur poitrine un coeur qui bat. Mais qui bat vide, qui bat creux, qui bat mécanique, sans musique.

Ils détruisent, ils polluent, ils pillent, ils mutilent et tuent.
Ils détournent, ils mentent, ils trichent et jouent.
Ils menacent, ils traumatisent, ils violentent et frappent.Ils cherchent sans en avoir conscience à retrouver la mélodie, à réparer, à se rassurer, à prendre ce que personne jamais n'a bien voulu... n'a pu, leur donner.
Et c'est ainsi.

Quels sont donc ces bras qui ne les ont jamais bercés?
A qui appartenaient ces mains qui ne les ont jamais caressés, rassurés, enveloppés?
De quels battement de coeur rassurant les a t'on donc privés?
Quelle est cette folie qui depuis si longtemps laisse à l'agonie des petits coeurs tout juste nés?
Loin des odeurs rassurantes, chaudes et musquées du corps qui neuf mois durant les a portés?Quel est donc ce chemin si laid, pourtant unanimement emprunté, par nos société civilisées?Ce soir, comme certains soirs dans mes songes éveillés, j'ai dans le coeur un amour universel.
J'ouvre mes bras et serre contre moi, tout contre moi, tous les bébés qui pleurent et qui appellent en vain.
Je chuchote une douceur dans tous les petits cheveux, soyeux petits cheveux, des êtres tout juste nés... Petits bras qui s'agitent dans des berceaux en plastique.
Je serre aussi très fort tout ces hommes endurcis, enlaidis par la peur et l'obscurité qui trop longtemps les a cernés.
Et je leur dis. Tout ce qu'ils auraient du entendre. Tout ce qu'on aurait du leur dire, encore et encore, en les serrant très fort.
Je prends dans mes bras, malgré les pleurs et le déni toutes ces mamans paumées, perdues, rongées par la colère et les cris, flinguées dans leur chair, mutilées dans leur âme.

Et je leur dis. Tout ce qu'elles ont besoin d'entendre. Toute la douceur à la quelle elles aspirent, tout ce qu'elles peuvent devenir pour le petit être au quel elles ont donné la vie.
Je prends dans mes bras...

...mon coeur meurtris, de petite fille apeurée.

Je presse dans le creux de mon cou son visage un peu trop sage, je caresse ses cheveux blonds qui sentent le savon.
Et je lui dis.
Je lui dis comme elle est jolie, je lui dis comme elle m'inspire l'amour et la tendresse. Je lui dit de ne pas avoir peur de mes mains, de ne pas avoir peur de mon regard, de ne plus se défier de mon amour.
Je lui dis tous les mots qui réparent, qui consolent. Les mots papillons qui cajolent, qui ouvrent l'âme au soleil et aux rires.

Ce soir, comme tous les soirs de ma nouvelle vie, je contemple, amoureuse, son profil endormi.
Je lui ai dis les mots qui rassurent et qui réconfortent, les mots d'excuses pour les mots durs. Je lui ai dit tout ce que mon coeur chante chaque seconde pour lui.

Et c'est ainsi pour qu'il ne devienne jamais un homme au rire sec, au regard dur, qui pille, qui arrache et qui frappe.
Un homme qui dans le fond de son âme, boîte.

Merci à chacune d'entre vous de donner à vos petits bouts des mots douceurs, des regards amoureux, des gestes qui bercent et qui rassurent...


Sam'.