Lettre ouverte à maîtresse A.

06/09/2018

Nous sommes arrivés à 11h50, en avance de 10 minutes, impatients à l'extrême de retrouver notre bouture, remâchant une culpabilité partagée de l'avoir tout de même laissé à vos « bons soins » ce matin, en cette matinée de rentrée scolaire en dépit de ses pleurs.

Maitresse A. de l'école maternelle de Saint Bled en Bretagne, petite section.

En fait nous étions en retard. De 5minutes.

Il nous est apparut arrivant du côté de la cantine, vous avancez en lui tenant très fermement la main, marchant à un rythme qui n'est pas le sien et l'obligeant à des enjambées précipitées qui mettent à mal son équilibre.

Il tente de réajuster la bretelle de son petit sac à dos de sa main libre, mais la cadence que vous lui imposez ne le lui permet pas.

Il fouille du regard le parking désert, affiche un air anxieux que je ne lui connais pas.

Anxieux et... figé.

Mon cœur cogne fort, ça s'est mal passé c'est une évidence. Toute sa posture crie son désaccord, son mal être.

Enfin il nous voit.

Je m'attendais à des pleurs. Je m'attendais à une explosion de joie.

Je m'attendais à une colère. Je m'attendais à une bouderie.

Réactions légitimes et que j'aurais accueillies au sortir de cette toute première matinée d'école.

Mais il s'est avancé vers moi, s'est planté là bien droit et m'a demandé d'une toute petite voix: « on rentre à la maison maintenant ? »

Des gifles. Je me collerais des gifles.

J'ai serré fort son petit corps impassible dans mes bras et il a répété atone : « on rentre à la maison maintenant? ».

Tandis que mon cœur glisse hors de ma poitrine dans une traînée glacée de l'instinct maternel qui perçoit le bug, vous nous rappelez dans ce faux sourire qu'est le votre que la sortie des classses était à 11h45, sans un regard.

Nous enquérant de la façon dont s'ést déroulée cette matinée vous nous répondez l'air contrarié emballé dans le faux sourire que « c'est l'apprentissage de la vie en collectivité », vague mouvement des bras, haussement des épaules, regard fuyant.

« Ça ira mieux demain » vous ajoutez, re-sourire.

Nous devrons nous contenter de ce maigre compte rendu, vous êtes déjà à l'autre bout de la cour de récréation.

Bon.

Nous rentrons à la maison, manger les frites « spéciales rentrée ».

A nos questionnements prudents et inquiets le bouture à neutron n'aura que cette seule réponse:

« La maîtresse m'a crié dessus, parceque je pleurais et que je vous attendais. »

Le lendemain j'étais de retour, avec un bouture agité et angoissé.

Il me fallait une explication, je voulais comprendre comment s'était passée cette matinée avec vous dont je n'avais que cette version concentrée.

Je l'ai eue.

Vous m'avez doctement expliqué que vous aviez en effet crié sur mon enfant alors qu'il nous réclamait pour lui « montrer que vous pouviez crier plus fort », au titre qu'il était « inacceptable que S. vous parle sur ce ton ».

Que s'il faisait une colère « vous pouviez en faire une aussi et que vous criiez plus fort que lui ».

Vous m'avez ensuite ordonné (forme impérative) de « perdre l'habitude » de me mêler de la façon dont cela se passait entre mon fils et vous.

Vous m'avez expliqué, sans que cela souffre la contestation, que s'il me rapportait des faits qui le contrariaient je devais lui répondre de s'en débrouiller avec vous.

Évidement je me suis redressée, j'ai récupéré les affaires de mon fils et j'ai quitté votre classe, maîtresse A., en vous souhaitant la bonne journée. Je suis polie.

J'ai quitté votre classe et ma colère flambe encore.

Je vous en ai épargné le courroux par considération envers les autres enfants présents ce jour, tandis que de votre petite hauteur vous me faisiez la leçon, à moi, agenouillée près de mon enfant alors que nous demandions une explication, cherchions le compromis et l'apaisement.

Il pleurait, Maîtresse A, lorsque nous sommes partis lundi matin. Il pleurait et il était perdu, apeuré, triste.

C'est donc là le réconfort que vous offrez à un enfant de 3 ans et demi dont c'est la première rentrée et qui pleure, perdu et empli de chagrin?

Vous lui criez dessus?

« Pour lui apprendre que vous pouvez crier plus fort ».

Non seulement cette réflexion est inepte à moins que l'enseignement à en tirer soit: « c'est le plus fort qui gagne », mais surtout cette attitude est délétère à l'équilibre émotionnel et affectif de l'enfant dont vous avez la charge.

Choquer un tout petit dont le cerveau immature est en développement, en criant, alors qu'il est en pleine crise de stress est une aberration, un non sens.

Et au delà: une violence.

On les appelle les violences émotionnelles.

Elles ne laissent pas de traces visibles.

Elles marquent en profondeur.

Elles abîment.

Elles meurtrissent.

Et à l'évidence elles sont vos outils « pédagogiques ».

Non seulement vous êtes assez emplie de vous même et de la haute estime en la quelle vous vous tenez pour prendre comme un affront personnel l'expression de la détresse d'un tout petit qui vous est confié, mais de surcroît vous y répondez par la violence.

Alors je vous retire la responsabilité d'accompagner mon fils dans ses premiers pas en collectivité et je dénonce votre attitude et vos méthodes.

Parceque qu'on se le dise, maîtresse A., bien entendu que je me mêle des rapports que mon enfant entretient avec les adultes à qui il a affaire, à plus forte raison que ces derniers sont dépositaires de l'autorité et en charge de son bien-être et de son épanouissement lorsque je le leur confie.

Non seulement je m'en mêle mais je le défends quand il n'est pas capable de le faire.

Je m'en mêle, je le défends et je dénonce ce qui n'est pas normal ni acceptable.

Je suis une mère en colère et qui lutte contre les VEO.

Vous êtes indigne de la grande mission de confiance qui incombe à votre profession.

Vous ne méritez pas que des parents vous confient ce qu'ils ont de plus précieux.

Vous n'êtes pas capable d'en mesurer la valeur, pire, vous les abîmez au nom d'un autoritarisme primaire d'un autre âge destiné à la seule satisfaction de votre égo d'adulte.

Je ne peux rien pour les autres enfants, mais du miens vous n'aurez plus le soin et j'espère que tous les parents en désaccord avec les méthodes barbares des maîtresses et maîtres de tout poils trouveront les ressources pour soustraire leurs enfants à cet odieux système.

Maîtresses et maîtres; lisez, évoluez.

Pédagogie positive, accueil des émotions, respect et accompagnement, éducation sans punitions ni récompenses, voila les outils dont vous avez besoin pour mener à bien cette mission et qui doit être la flamme d'une vocation attisée par la bienveillance et l'humilité.


Sam', mère en colère.