Maltraitance Ordinaire

18/11/2017

Come back

"Je revois encore mon tout petit d'à peine 5 jours enfouir avec fébrilité son nez dans ma poitrine, téter avec avidité ma gorge, mon oreille... en vain, quête éperdue mêlée de pleurs et de gémissements.

Il avait faim.
Il avait faim et dans la brume confuse de mon cerveau noyé de stress, d'épuisement, d'hébétude jamais n'a germé l'idée de lui donner mon sein, puisque j'avais décidé, des millions d'années avant sa naissance que je n'allaiterai pas.

Et puis il est né, au terme d'un long, douloureux, angoissant et moche accouchement. Et je devenais mère, et on chercha à m'enseigner qu'il fallait le mater, m'imposer. Pour son bien et le miens. Horreur. On m'expliqua qu'il ne voulait pas de mon sein alors qu'il n'avait simplement  pas la force de téter, deuil de la tétée d'accueil.
Nous attendions donc, dans cette chambre aseptisée, lui ravagé par la faim, l'angoisse, l'incompréhension et les hurlements;

Moi, ravagée par la douleur de l'incompréhension, le stress, la panique et la fatigue que s'écoulent les sacro saintes 3heures entre chaque biberons, distribués avec plus ou moins de ponctualité par l'équipe de pédiatrie.

Quelques millilitres avalés goulûments, à peine le temps d'apprécier que déjà on arrachait à sa bouche encore tétant le substitut en caoutchouc, qu'il pleure ou qu'il s'en contente. »


Ce que je déplore


Parenthèse ordinaire de la vie ordinaire d'une mère ordinaire dans une maternité ordinaire.

Ce que je dénonce c'est la maltraitance ordinaire en maternité.
Ce que je dénonce c'est le manque d'information et de formation des équipes de soignant.
Ce que je déplore enfin c'est le manque évident d'empathie, de temps, d'écoute, de considération de la mère et de son tout jeune nourrisson par toute une équipe, à un moment de vie ou l'un et l'autre sont d'une excessive vulnérabilité.
Je le dénonce en toute humilité, avec beaucoup de peine au souvenir des moments que nous avons vécu mon tout petit et moi, aux moments vécus par toutes ces autres anonymes et par leurs nourrissons.
Alors il y'a des exceptions et j'en ai rencontré de ces hommes et femmes animés de bienveillance, de bon sens et je leur dois beaucoup après avoir traversé, non sans peine, la plaine arride et ardue d'une double maternité. Mon fils d'abord, ma fille peu de temps après, et s'ouvrait à moi un monde d'absurdité et de non sens, tout entier ou presque ligué contre l'élémentaire évidence du maternage, de l'écoute des corps, de la confiance justement replacée et donnée.
Etre enceinte, enfanter puis s'occuper de son nouveau né, bébé, bambin c'est faire face à moults conseils, interdictions, obligations. Se plier à des examens invasifs, parfois humiliants, souvent éprouvant, dans la majeur partie du temps pour rien d'autre que de re re re rassurer un corps médical aseptisé de la compréhension de l'être, tout entier plongé dans ses courbes, satistiques, probabilités, assurances tous risques.

Je ne parle même pas de ce à quoi on s'engage si on décide d'allaiter plus que ce que les recommandations Nestlé nous enjoignent de faire, ce sera probablement le sujet d'un autre billet.
Depuis que je suis mère je navigue sur des groupes, je rencontre des personnes de chairs et d'os et qui ont toutes en commun une expérience désagréable, pénible, voire violente de la façon dont elle ont été traitées en maternité.
Encore une fois il y a des exceptions, et heureusement. Des femmes et des hommes qui ont fait d'une passion de l'autre leur profession, et c'est tant mieux, et je les remercie du fond du ceur, pour moi et pour toutes ces mères à venir et tout ces enfants à naitre qui passeront entre leurs mains et sous leur regard plein d'humanité.
Je ne souhaite pas m'étendre sur les raisons qui animent ces comportements étranges de maltraitance ordinaire.

Ca peut être de la méchanceté, car elle existe n'en déplaise, la blouse blanche ni la tenue bleue ou rose ne garantissent en rien la bonté d'âme de celle ou celui qui la porte.
Manque d'informations ou convictions erronées, orgueil ma placé, manque de moyen, de temps... 
Cela ne rendra pas les jours si précieux qui suivent une naissance aux couples mères bébés à qui ils ont été volés.

Nous ne sommes pas des poupées débiles


Alors faisons notre deuil et tentons d'en tirer la leçon afin d'évoluer.

Ce qu'il faudrait, ce que je souhaite faire passer c'est qu'il est plus que grand temps que les professionnels de santé qui gravitent autour de la si fragile et précieuse sphère de la périnatalité sortent des sentiers battus du normatif enseigné, qui cause tant de dégâts. Qu'on commence par s'assurer d'une chose fondamentale: l'empathie de ces personnes, leur capacité à ne pas se noyer dans le senti de l'autre mais d'être capable d'y répondre de manière adéquate et humaine. 
Cela devrait être un pré requis en fait, à défaut un apprentissage obligatoire.
Revenons à des évidences si simples, qui n'enrichiront pas les marques de puericultures (les bras, le lit matenel et le sein sont gratuit et disponibles à chaque instant), mais qui contribueront grandement à l'équilibre affectif, émotionnel et physique de la jeune( et moins jeune) mère et de son nouveau né.
Respecter la grossesse et son rythme, propre à chaque femme, cesser les déclenchements systématiques, allouer au temps de l'enfantement la place, l'espace, le temps qui lui revient, en cessant de faire de la principale concernée une poupée débile mais une femme puissante et qui sait, et qui peut et qui mènera selon toute vraisemblance et dans la majorité des cas, son enfant au monde sans aide extérieure, sans épisios, étrillers ni autres forceps.
Bannir les pratiques systématiques et barbares qui ont encore trop souvent cours à l'occasion des accouchements.
Apprendre les positions physiologiques, le portage, l'allaitement, le cododo et apprendre aux femmes à s'écouter pour les rendre actrices de leur maternité du premier jour fécondé au sevrage naturel de l'enfant qui tète.A ceux qui pour bâillonner la voix commune qui s'élève, que je rejoins par cet article me demanderaient comment, clamant à l'impossible...
En commençant par nous écouter, vraiment.
En cessant de faire passer l'intérêt de l'égo et l'intérêt  financier (parfois les deux font la paire) avant celui des mères.


Ce que je dis, moi, mère, bébé avant d'être mère, tour à tour patiente respectée ou victime abusée, individu douée de sens critique enfin, équipée d'un utérus ET d'un cerveau; c'est que cela est capital, fondamental.


Parceque de la façon dont on materne nos bébés, dont on élève nos enfants dépend le monde de demain.


Sam'.



pour aller plus loin:


 Stop a l'impunité des violences obstétricales https://www.facebook.com/groups/stopalimpunitedesviolencesobstetricales/?hc_ref=ARRLol-G1v9x3RCorGQVfeT9KAnXiXmoIpF_4_BPwfbTWisxgIm23YEa4DZcOVfbXws


"Le concept du continuum" de Jean Liedloff

"Serre moi fort" de Carlos Gonzales