Maman solo

01/01/2019

Je crois que je veux dire que j'aimerais bien qu'on n'oublie pas que si j'ai quitté le père de mes deux enfants c'est parce que notre relation n'était plus source de joie depuis un moment, et même qu'elle était très clairement devenue source de mal être et de flétrissure de l'âme. De la mienne en tous les cas.
Si j'ai pris cette décision c'est avec franchement moins d'enthousiasme qu'à l'idée de me payer une paire de pompe ou un séjour aux seychelles.
Oui c'est moi qui l'ai quitté, oui c'est moi qui ai pris la décision et qui m'y accroche en dépit de tout et oui c'est moi qui me retrouve encore plus seule à présent dans cette baraque en travaux inachevés, avec mes deux mômes et pas grand chose sur le compte en banque pour remplir le frigo.

J'avais mesuré les effets de cet acte, pour autant ça ne rend pas les conséquences plus agréables à vivre.
C'est même franchement lourd à vivre.
L'isolement c'est lourd, c'est dur et c'est cruel.
j'ai préféré ça à continuer à empiler les engueulades, les trucs brisés et la mauvaise ambiance qui se dégradait vitesse grand V à la maison et sous les yeux des mouflets en sus,  ça veut pas dire que c'est piou-piou les petits cailloux.
Il peut se passer des journées complètes sans que j'échange un seul mot avec un autre adulte. Plusieurs journées d'affilées parfois.
C'est comme une prison mentale. Sans barreaux, sans matons, sans murs. Tu tournes en rond comme un poisson dans son bocal et des fois tu parles à voix haute à ton miroir juste pour faire illusion.
Y'a plus que moi, solo, mes deux gosses qui remplissent l'espace parfois à m'en faire disparaitre et la vie qui continue. Le jours qui s'égrènent, les emmerdes du quotidien, les problèmes de fric qu'à peu près personne ne peux mesurer parce qu'être en situation de pauvreté si tu l'as pas vécu tu peux, vraiment, pas comprendre.

Que 10 balles c'est 10 balles et c'est précieux. Et qu'à partir du 25 du mois ce billet rougeâtre dans le fond de ton sac à main c'est ton seul pote jusqu'au prochain versement de la CAF.

Y'a personne qui peut savoir quelle goût elle a cette honte si spéciale que tu te bouffes en souriant en façade quand tu songes que tu survis grâce aux aides sociales.

Les discours haineux des ultra libéraux qui s'ignorent, que t'as jamais cautionné mais qui te font te sentir plus merdique et minable que la dernière des dernières, bim, sale assistée.

Surtout avec deux enfants. T'as qu'à bosser. Facile.

Ce que tu constates c'est que tout le monde ou presque s'en fout que ça soit le tsunami dans ta vie.

A la fois tu demandes rien à personne. La mendicité relationnelle c'est pas ton truc, et cette situation c'est probablement toi qui la provoques, qui en est responsable. « Tu reçois ce que tu donnes » LOL.
Mais ça fout les boules un peu quand même de se sentir si ... quantité négligeable.

Y'en a même une, de tes amies qui vous a souhaité, à tous les quatre, une bonne année.

5 mois qu'on est séparés. Bon.

C'est vraiment pas facile, maman solo avec deux petits machins en bas âge.
Quand ta cadette vomi tripes et boyaux à 4 du' et qu'il faut nettoyer, consoler et calmer l'ainé qui panique ben t'es solo.
Quand il y'a infection urinaire, pose de cathé aux urgences et que ta môme est inconsolable, rouge de pleurs, spasmes du sanglot et qu'il est 23h, ben t'es solo.
T'es solo face à la facture d'eau que tu peux pas payer, face à la fosse sceptique qu'est bouchée, face aux disputes à arbitrer, pour rentrer le bois, ranger le linge, faire à manger, les occuper.

T'as souvent envie de pleurer, mais pour ça t'aurais besoin d'une paire de bras aimants ou d'une épaule amie, histoire de décharger, poser la valise et te sentir soutenue.

Passe ton tour, t'es solo.

Puis t'es tellement habituée à faire face seule, à affronter le truc, à en sortir le positif, à surtout pas déranger. Que tu fais pas Toc-Toc. Que tu demandes rien. Tu parles pas de toi.
Ou si, en riant. En dédramatisant. Tu le sais que ça pourrait être pire, qu'il y a pire. Ca enlève rien à ton sentiment écrasant de solitude infini mais bon, rationnellement ça aide. T'as un toit sur la tête, la santé et même s'il à le goût infect de tout ce que le regard social des fachos y met de plus immonde, un peu de blé pour manger. Pour vous bricoler un quotidien pas trop paumé.

Voila.

J'avais besoin de poser ça là.

Big up les mamans solo.


Sam', mère solo un peu fatiguée