Rentrée ratée

03/09/2018

Je sens que je fais une connerie.
Je souhaite que si c'est le cas ça soit rattrapable.
Je me rassure vaille que vaille en regardant mon objectif à terme de unschooling de quand j'aurais-fait-des-réserve-de-temps-de-qualité-avec-moi-même et rempli les batteries d'énergie.
J'ai été boulversée d'évidence à la lecture de l'excellent André Stern dans son ouvrage "Et je ne suis jamais allé à l'école". D'autres sont dans ma PAL... Parceque l'idéal de vie c'est ça. L'apprentissage libre et autonome.
Je suis convaincue par la disposition spontanée à apprendre des individus et encore plus des enfants. 

A condition qu'on leur sabote pas l'enthousiasme à coup de assis-par deux-pas bouger à l'aube de leur troisième année dans la plupart des cas.
Parce que je suis moi même autodidacte dans tous les domaines qui me passionnent, que je sais le plaisir incommensurable d'aller chercher l'info, de lire le bon bouquin, de croiser les bonnes données qui répondent à la question et en font naitre de nouvelles. bonheur de la réalisation de soi.
Parcequ'on est capable d'à peu près tout ce qui nous branche à condition qu'on en ait vraiment envie.
Et que les diplômes se passent en candidat libre.

Je sais pas, mon bouture je voudrais qu'il fasse sauveur d'abeilles, conducteur de train à eau, moniteur de portage, planteur d'arbres, leader du monde libre...
Et qu'à l'école d'aujourd'hui j'ai pas le sentiment qu'on va lui apprendre à faire pousser des légumes, reconnaitre les plantes médicinales, dépolluer l'eau, construire des maisons en sac de sable, consoler un camarade en peine ou mitonner un bon petit plat 100% sans cruauté.
Pourtant ce sont ces compétences là dont il aura besoin demain. Le monde s'épuise si vite, il va falloir s'adapter pour tenter de le sauver.
Le compte épargne, la maison climatisée et le plan de carrière une oreillette wifi greffée au tympan c'est déjà la mort d'hier.
Et puis soyons honnêtes: le côté bons petits soldats bien rangés en rang d'oignons policés ça me fait moyennement triper... alors un môme qui est le mouvement incarné et la vie qui s'agite, j'ose pas imaginer.

Pourtant on y est allé. 

Son sac à dos éléphant avec son prénom en lettre d'or sur le rabat, garni d'une banane, de dattes fourrées amoureusement préparées hier et de sa gourde cars préférée.
Son pochon avec les changes en cas d'accident. Les serviettes pressionnées pour l'eventualité d'un repas à la cantine.

On a fait le trajet à vélo sans petites roulettes, lui fiérot comme pas deux dans sa jolie tenue neuve reçue en cadeau, la Poppie gazouillant sur le porte bébé.

Voila, je suis debout, les pieds bien à plat dans mes tennis sur le bitume de la cours de récréation. Tachant de conserver l'équilibre.
Liquide à intérieur.
Je regarde les parents autour de moi. Je guette sur leur visage quelque chose qui pourrait me laisser à croire que nous partageons en cet instant les mêmes réflexions, les mêmes états d'âme...
Peine perdue.
Ils sont en grappes éparses exclusives et discutent entre eux, comparent leurs bronzages, causent feuilles d'impôt. 

Pas de place pour les nouveaux.

Leurs enfants rompus à l'exercice de la séparation s'égayent à l'autre bout de l'espace clos.
Rires, galopades, chicanes déjà. C'est pourtant gaie la musique d'une cour de récré...
Je respire profondément, le malaise qui m'envahit va croissant.
Incapable de m'identifier à aucun d'entre eux.
Ils ne me ressemblent pas. Je ne leur ressemble pas.
Moi l'ovni allaitante en vélo, qui porte et materne tout en s'insurgeant contre les violences faites aux enfants. Une folle. Qui se la raconte en plus avec son charabia sur le continuum...
Qu'est ce que je fous là?
Mon bouture patouille dans le bac à sable à côté de moi, faisant rire la Poppie qui cherche à l'imiter, se juchant de toute la hauteur de ses petites jambes.
Je ne me sens jamais autant en décalage et différente qu'en ces réunions formelles un peu flottantes, initiées par ces étapes de vies de parents, jugées comme normales et nécessaires.
Absurde.
Pas à ma place.
Tout à l'heure mon fils ne voudra pas nous laisser partir, il s'accrochera à mes bras, à ceux de son père.
Je tenterais de lui expliquer qu'il besoin de voir d'autres enfants, qu'à la maison il me dit qu'il s'ennuie..
On partira le coeur en bandoulière, l'oreille tendue, à l'aguet d'un pleure qui nous déciderait à tourner les talons pour l'arracher à cet endroit.
Pour l'instant je tente de réunir en un maigre butin les bonnes raisons qui me poussent à être présente ici en cet instant, école maternelle de Saint Bled en Bretagne/rentrée scolaire petite section 2018.
Il y en a deux principales et importantes.
-La première mon immense épuisement. Je suis fatiguée. Je suis seule et sans relai depuis qu'il est né.
J'ai besoin d'espace, de m'occuper de sa petite soeur en partageant du temps de qualité avec elle et en lui offrant un espace calme et affranchi de toutes intrusion et rivalité fraternelle.
Quatre matinées par semaine ça me semblait pas mal. un moindre mal. Aïe...
-La seconde, ex aequo en terme d'importance est son besoin, à mon bouture, de nouer à l'extérieur.
Une maison paumée avec une mère fatiguée et une petite soeur demandeuse 7/7J ne remplissent plus son insatiable curiosité. Il tourne en rond et empile les expériences...
Et quand on habite dans les terres bretonnes loin de tout et proche de rien, les parcs sont déserts, les activités pour tout petit à une heure de route (aller), les occasions de se faire des petits potes de draisienne aussi rares que mes heures de sommeil ces 15 derniers mois. C'est dire.
Alors j'ai compté sur tout l'amour que je lui ai donné en dépit de tout ces trois dernière années et demi, sur sa confiance en lui, sur son énergie, sur son besoin de s'émanciper, sur l'élan social des enfants de son âge pour franchir ce cap.
Que ça me coûte, que ça lui coûte, que nous coûte. 

Je sens que je fais une connerie.
Je souhaite que si c'est le cas ça soit rattrapable.
Partir.

Ca sera donc une rentrée non concluante, un Bouture tristounet qui nous est revenu éteint, son petit air abattu attisant la flamme de la culpabilité et du sentiment de boulette déjà bien consommé qui brûlait dans le fond de mon coeur de mère fatiguée.
On peut se planter, tenter, se résigner à constater que c'était pas une bonne idée.
En conscience.

Alors je vais ravaler ma fatigue, mes besoins de souffler, me secouer un peu plus fort encore et trouver d'autres alternatives pour que mon Tibouille à bouclettes se fasse des potes de draisienne.


Sam', mère dépassée.