Tempêtes

14/11/2017

Ce soir rien ne va, le week end interminable a usé mes nerfs.

Il a été rythmé par de violentes disputes entre ton papa et moi, suivis des lourds silences qui étirent le temps, du ballet glacé de deux êtres qui cohabitent sans se parler, sans se toucher ni se regarder. Avec toi pour unique intérêt commun.

La météo complète le tableau de discorde qui règne dans ta maison, les vents de la tempête au dehors mugissent, sifflent dans les volets, secouent comme des fétus de paille les arbres fiers du jardin.

Et tu es là, pris dans la tourmente de cet étrange week end, spectateur innocent de nos grimaces, de la violence de nos mots, de la rage dans nos voix. Serré dans mes bras tu sens mon coeur qui bat si fort, dans ton petit être vibre les accords discordants de ma voix qui tour à tour gronde et se brise.

Tu captes un regard qui l'espace d'une seconde, juste pour toi, se fait la douceur du velours... Ephémère instant.

Une porte claque et mes épaules s'affaissent.

Je niche mon visage dans ton cou. Je te parle et je t'explique.

Je te dis que tout ça n'est pas contre toi. Que peut être tu as eu peur et que je comprend ça.

Je te dis que tes parents parfois ont trop de colère dans leur ventre, et qu'ils ne savent pas comment faire pour s'en libérer, qu'elle les torture et enfle si fort qu'ils se la jettent au visage...

Je te dis que toi tu sauras comment faire, que je vais t'apprendre. Qu'à moi on ne l'a pas enseigné.

Je te demande pardon de te faire vivre ça, je t'explique que ça me fait du mal mais que ça ne t'appartient pas.

Petit bout...

Je te dis que ça n'enlève rien à l'amour que nous avons pour toi, que ça c'est une chose pure qu'aucune colère, jamais, n'affectera.

Ce soir rien ne va, ce week end qui s'achève, enfin, a eu raison de moi.

Un geyser de compote et je crie. « ho NON! »

Pas contre toi, non. Pas sur toi, non... mon amour...

Je crie parcequ'à l'intérieur de moi c'est une tempête, une tornade.

Katrina à coté c'est du pipi de chat.

J'ai tout mon intérieur électrique, tout m'irrite, ça me picote jusqu'au bout des doigts, j'ai envie de hurler, de briser, de casser, d'anéantir.

Je suis un séisme, un ouragan, dans mes veines c'est de la lave en fusion.

Je défoncerais un mur rien que pour la sale gueule du papier peint.

Et toi tu sens tout ça. Juste un cri et tu hurles. Tu me tends tes bras en tremblant, mon dieu mon amour, pardonne moi.

Viens contre moi, je t'aime, racontes moi ta peur, et pardonnes moi.

Je ne voulais pas, c'était pas pour toi, c'est pas grave cette histoire de compote.

Serres toi encore, voila, comme ça, oui, racontes moi.

T'as le droit de pleurer mon bébé. Je suis là, je serais toujours là.

Je t'aime si fort, je t'aimerais toujours et même après ma mort.

Regardes, vraiment c'est pas grave, tu sais quoi, ce body on va le retirer, ça tombe bien je voulais te masser. T'es enrhumé, je vais te frictionner, un peu d'huile essentielle, ça va nous apaiser.

Je t'aime mon amour.

Tu vois, au final, ça tombe plutôt bien, y'a jamais de tans pis sans tant mieux mon chéri.

C'est le bibi du soir, tu es tout calé contre moi et tu savoures le lait chaud, dans la paisible atmosphère de ta chambre. Je pose mon menton sur ta petite tête, le poids de ton petit corps tout chaud contre le miens. On est si bien là, tous les deux, presque seuls au monde.

Je fonds en larmes. Les sanglots silencieux te font remuer, presque doucement, mes larmes mouillent tes petits cheveux, l'ouragan se fait brise, la tempête douce écume...

Mon bébé, mon tout petit, merci d'exister, merci de m'avoir choisie, moi, pour te porter et t'élever.

Ton bibi terminé, au lieu de rouler dans la douceur de ton lit tu te retournes et tu passes tes petits bras autour de mes épaules, et tu serres...

On est blottis là, tous les deux, dans une étreinte intense. 5, 10, 15 minutes... je ne sais plus.

Je ne bouge plus, je savoure cette magie. Y'a plus de colère. Comment tu fais ça?

T'es ma lumière, t'es mon guide. Mon magicien de l'amour. Y'a pas plus doux que de plonger mon regard dans le tiens.

Mon fils tu sais, tout ça ne t'appartient pas. Je ne veux pas que tu portes les chaines qui m'aliènent encore.

J'ai mes soucis et j'ai mes peines, mais toi, mon trésor, tu es ma joie.

Tu n'as pas à prendre pour toi les fardeaux qui me pèsent et qui emprisonnent mes ailes.

Je veux t'affranchir de cela, quand ton petit coeur vibre trop des malheurs du miens.

T'es mon soleil, t'es mon amour. Tout petit bonhomme, haut comme trois pommes, grand comme un seigneur.

Ce week end est terminé,là haut tu dors tranquille dans ton petit lit.

Ici en bas, je pense fort à toi.

Tu verras, demain ça ira.