Tyrolienne

04/01/2018

On a profité d'une éclaircie...

Il galope de toute la vitesse de ses petites jambes, rigolard et bouclettes au vent, un peu gêné par ses nouvelles baskets, seule ruse que j'ai trouvé pour qu'il ai envie de s'habiller et qu'on ne parte pas à 21h...
Son père le talonne la bille fendue d'un sourire qui en dit long, en feignant l'éssouflement et le point de coté, à grand renfort de gestes et de mimiques clownesques, pour le plus grand plaisir du Bouture à neutron qui redouble de rire et zigzague sur le bitume, l'oeil ravi.
La Poppy s'est assoupie contre moi, bien emmitouflée sous la doudoune, boule compacte et chaude surmontée d'un bonnet à pompon. Du coup je ne participe pas à la course endiablée, mais je les observe et je me rempli.
Je grave les sourires épanouis et les rires vibrants qui emplissent l'air autour de nous, les gazouillis de joie de mon grand bébé emportés par les vents, les regards amoureux fou d'un poul'ours de père pour son fils adoré.

Le bonheur est là, palpable, simple et vrai. Je m'encre dans ce présent pur, ce présent précieux. Ces moments immortels pour toute la vie.
Ca rempli le réservoir. C'est vital, c'est la nourriture du coeur.
Au dessus de nos têtes le ciel vire au gris de nouveau, après une courte éclaircie dont on s'est gavé les rayons de soleil à pleines pupilles...
Quand on a vu que le ciel se dégageait en descendant de la sieste, on a rusé de la basket, sauté dans nos bottes et nos caches nez et on a vrombri jusqu'au parc du bled du coin. Il y a un chouette petit parcours d'accrobranche, et surtout... une tyrolienne!
'Faut le voir mon bouture fièrement agrippé à la grosse corde de l'engin: "zziiiiiiiiiiip!", entre peur et excitation, confiance et témérité... Et qui en redemande, les joues rougies par le vent frais, sautillant autour de son père qui le couve du regard, monté sur 10cm de fierté...

On a traversé de sales moments ces derniers mois, disons que c'est un peu la loi de murphy version longue et sans entracte... Notre couple a salement battu de l'aile, on a perdu pas mal de point de patience avec notre loukoum et on s'est un peu éloigné du chemin de nos aspirations parentales. On s'est un peu paumé, moche et sans boussole, quoi...

Seule et vidée...

Du coup je veux combler ces heures de peine et de tristesse, ces heures passées à pleurer, à détester ce que je vivais, ce qu'on endurait, tous. Le deuil, la peine indicible, l'éloignement et moi si seule avec mon bidon rond, seule et impuissante face aux colères de mes deux hommes, face à la tristesse incommensurable de mon ours blessé, incapable de tendresse. Seule, puis fatiguée, vidée...
Alors ça, là, cet après midi dans le vent breton, sous ces trois rayons de soleil qui se sont pointés comme par inadvertance, cette poignée d'heures passées à jouer les équilibristes sur un parcours d'accrobranche, se fendre la pomme agrippés à une tyrolienne, faire la course sur le terrain de basket abandonné dans les rires et la joie d'être ensemble. Juste nous seuls au monde, juste nous et le monde on s'en fout tant qu'on est nous... ben ça fait du bien. Ca remet les choses à leur place, ça donne de la perpective aux malheurs, ça donne de la force pour affronter les prochaines emmerdes.
Voila. C'est bon. Ce soir je vais m'endormir, ma poppy dérivant dans le sommeil, le visage enfoui dans mon sein, bercée par les derniers vents de la tempête qui se meurt dehors, mes paupières closes sur les visages aimés, emprunt d'un bonheur juste...



Sam', mère dépassée